Grossesse·La maternité·Réflexions

Choupidette n’aura qu’un seul enfant

Avant même d’être enceinte, on me posait parfois la question de savoir si 1/ j’avais l’intention d’avoir un bébé un jour et 2/ si oui, combien. Dans notre société actuelle, la « norme », ce serait d’en avoir idéalement deux. Personnellement, avant que Choupidou ne me fasse remarquer cela, je n’y avais jamais vraiment pensé. Etant fille unique, c’était ma norme à moi et j’avais aussi comme exemple les fratries de cousins, au nombre plutôt variable. J’ai aussi beaucoup de cousins qui sont enfants uniques également, alors pour moi, n’avoir qu’un seul enfant était quelque chose d’assez banal. Ou, en tout cas, pas quelque chose de « mal vu » par la société. Cependant, avec mon regard d’adulte et l’agrandissement de mon cercle social, force est de constater que cette « norme » semble s’imposer aux couples.

En réponse à cette fameuse question, je m’entends encore dire : « on va déjà en faire un et on verra après ! » A cette époque, ce qui me faisait répondre ainsi, c’était la crainte de l’accouchement en soi mais aussi de détruire définitivement mon dos, suite à ma hernie et à ma fracture, à force de supporter le poids d’un bébé pendant 9 mois… et après. Dès le début de ma grossesse, j’ai redouté les derniers mois. J’avais peur d’être clouée au lit, de ne plus savoir bouger, de me tordre de douleur… ou plutôt de devoir rester la plus immobile possible pour éviter de souffrir le martyre. Je crois que ce stress ne m’a pas aidée.

Je ne vais pas vous répéter encore les mêmes choses mais avec la rectocolite et le diabète gesta, devoir prendre des médicaments ne me rassurait pas non plus. J’avais vraiment peur pour la santé et le développement de Choupinou. Les statistiques sur le site du CRAT étaient rassurantes mais bon, quelle était la probabilité que le mousqueton de la corde TRX lâche chez le kiné et que je me pète le dos ? Vous voyez, le cas sur un million (je balance ce chiffre de façon totalement aléatoire), malheureusement, c’est moi.

Tout ça me confortait dans l’idée que, un, c’est bien.

Et puis, Choupinou est né. Il est arrivé sans prévenir ou presque à 6 mois et demi de grossesse. On n’était pas prêts. Moi, je n’étais pas prête. Mais on a fait face, on a fait tout ce qu’on devait faire. J’ai vécu 2 mois à l’hôpital avec mon bébé. Ça a été galère.

Tout ça nous a conforté dans l’idée que, un, c’est bien. On ne veut plus revivre ça, la peur de perdre son bébé, le sentiment d’impuissance, d’inutilité, les nuits à l’hôpital…

Ensuite, on est rentrés chez nous. Pas vraiment rassurés de rentrer avec un bébé qui ne fait même pas 2,5 kg. Un bébé qui nage dans des vêtements taille naissance. Un bébé qui a encore des traces de sparadrap sur le visage parce qu’on n’ose pas trop frotter pour lui enlever. Mais on a appris à se faire confiance et on s’est bien occupés de notre fils. Mais un bébé, c’est beaucoup de boulot. C’est fatigant. Je ne dis pas ça de manière péjorative. Je le dis de manière très objective. C’est la vérité : s’occuper d’un bébé, c’est fatigant. Et personne ne nous prévient. Il y a eu des moments où j’étais vidée de toute énergie, des moments où j’ai douté de ma capacité à être (une bonne) mère, des moments où je me suis dit « fuck, j’me barre ».

Tout ça nous a conforté dans l’idée que, un, c’est bien.

Mais cette idée, c’est aussi un peu le résultat d’une accumulation d’événements qu’on n’avait pas anticipés et auxquels ont n’était pas préparés. Mais au fond, qu’est-ce que je veux vraiment, moi ?

Si je pouvais revenir en arrière, il y a pas mal de choses que je changerais.

Déjà, je n’aurais pas attendu avant d’annoncer ma grossesse. Dans notre société, on nous dit toujours d’attendre le 3e mois (et donc la première échographie) avant de crier haut et fort à tout le monde qu’on est enceinte. Et pourquoi ? Parce qu’il y a un risque de fausse couche, qu’il ne faut pas s’emballer, ne pas faire de plan sur la comète parce que tout peut s’arrêter très vite. A l’époque, je ne me suis pas posé de questions. Ce raisonnement était ancré en moi et je l’ai appliqué bêtement. Et pourtant, si un malheur était arrivé, si j’avais perdu ce bébé, qu’est-ce que j’aurais fait ? Eh bien, je l’aurais probablement dit, au moins à mes parents et à mes beaux-parents, parce que je n’aurais pas su cacher ma tristesse, parce que ce bébé, je l’ai aimé dès le 1er jour. Je l’ai aimé avant même qu’il ne soit là. Je l’aime depuis le jour où j’ai voulu qu’il existe. Et si sa vie s’était arrêtée au bout de quelques jours ou de quelques semaines, je l’aurais très mal vécu, j’aurais pleuré, j’aurais été triste, j’aurais vécu un deuil, un vrai parce que c’était CE bébé que je voulais et pas un autre. Aujourd’hui, quand je lis des témoignages de parents qui ont perdu un bébé qui n’était pas encore né et qu’on leur dit que « c’est pas grave, vous en aurez d’autres », ou « avant 3 mois, ça arrive, faut pas se projeter », je me rends compte que ces réflexions sont atroces. Si j’avais été confrontée à une telle situation, j’aurais explosé en entendant cela. Et pourtant, je me revois tenir ce genre de discours à propos d’une jeune femme qui avait perdu l’enfant qu’elle portait en début de grossesse. Je comprends aujourd’hui que c’est vraiment horrible de dire des choses pareilles. J’apprends de mes erreurs. Je ne tiendrai plus ce genre de propos. Et puis cette expression, « perdre un bébé », quand on y réfléchit, elle est abominable. Perdrait-on un bébé comme on perd ses clés de maison ? Lorsqu’un fœtus meurt, il n’y a aucun moyen de le retrouver. Le chagrin est immense pour les parents qui voulaient le voir naître. Et n’en déplaise à certains, ce n’est pas exagérer que d’avoir de la peine pour un enfant qui ne viendra pas. Bref, désolée, je digresse encore. Je me permets une autre digression pour repréciser que je suis profondément pro-choice, au cas où. Pour en revenir à mon sujet, j’aurais dû me moquer de ce que les autres, ou plus généralement, de ce que la société veut et attend qu’on fasse. Quand j’ai fait pipi sur ce test de grossesse à 7h du mat’, j’aurais dû prendre mon téléphone et appeler maman pour lui dire. D’ailleurs, à chaque fois que je suis allée la voir par la suite, j’aurais dû lui dire. Quand elle ne comprenait pas pourquoi je refusais qu’elle mette du beurre anti-choléstérol pour cuire sa viande, j’aurais dû lui dire que c’était pas recommandé pour les femmes enceintes. Quand on a choisi ma voiture, j’aurais dû dire à mon père que je voulais un grand coffre parce qu’une poussette, ça prend de la place, parce que même si on n’est qu’en septembre, en juin (pensais-je…), faudra caser tout mon bordel dans mon carrosse. Et ne pas vérifier en cachette que la banquette arrière est bien munie d’un système Isofix.

Résultat des courses, on n’a annoncé ma grossesse qu’à la fin des 4 premiers mois, pendant les fêtes de fin d’année. Quatre mois à cacher et mentir alors que j’étais super heureuse (et morte de trouille à la fois !). Ce sont des mois où je n’ai pas pu profiter pleinement de ma grossesse. Je me disais que je me rattraperais sur les cinq mois suivants. Que mon ventre allait bien finir par s’arrondir un jour aussi et qu’on me chouchouterait un peu. Oui, c’est un peu égoïste mais sachant qu’une fois que le bébé est né, la maman n’existe plus aux yeux de la société, sauf quand elle faillit au rôle qu’on a défini pour elle, j’aurais bien eu le droit d’en profiter un peu.

Je n’en aurai « profité » que 2 mois et demi. Comme je l’écrivais dans d’autres articles, le stress, la peur de détruire mon dos, la gestion du diabète gestationnel et les piqûres d’insuline, tout cela n’a pas rendu ma grossesse très joyeuse mais en soi, j’aimais bien être enceinte. J’aimais avoir Choupinou avec moi, bien au chaud dans mon ventre. Tous les lundis matins, j’adorais ouvrir mes 2 appli grossesse pour savoir à quel fruit/légume on comparait la taille et le poids de bébé. Petit SMS à Choupidou : « Cette semaine, Choupinou est un melon ! » Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais j’avais aussi acheté un petit agenda « mon cahier grossesse » que je remplissais toutes les semaines. Un peu pour me persuader aussi, au début, que j’étais bien enceinte, que ce n’était pas un rêve, vu qu’il fallait tellement garder tout ça secret. Et même avec ce blog, ça a été compliqué. J’avais tellement envie et besoin d’écrire, de partager… Alors j’écrivais. Et mes articles restaient en mode « brouillon » en attendant d’être publiés des semaines plus tard alors qu’ils n’auraient plus vraiment d’intérêt. Pourquoi réagir à des faits qui se sont produits il y a si longtemps ? Ça n’intéresse plus grand monde de commenter des trucs qui se sont passés il y a des semaines. Mon analyse de sang qui montre en novembre que j’ai une glycémie élevée… en parler fin janvier alors que, à ce moment-là, je suis déjà en train de prendre de l’insuline, c’est bête. J’ai publié ces articles quand même parce que le besoin de partager était présent mais j’aurais vraiment aimé le faire en direct. C’est quand même aussi le but et l’intérêt d’un blog, je trouve.

Je l’ai dit aussi plusieurs fois, mais je n’aurai jamais cet énorme bidon au travers duquel on voit bébé qui bouge. Quand j’étais enceinte, Choupinou bougeait assez peu au final, ou alors il était tellement petit que je le sentais à peine… J’aurais voulu pouvoir me plaindre des coups de pieds dans la vessie.

Ce qui me pèse le plus je crois, c’est principalement ce goût d’inachevé. Dans la vie, j’aime avoir le temps de faire mais aussi de finir les choses. J’ai horreur de bâcler. Et là, c’est ce que je ressens. Aux premières contractions, je ne me suis pas dit « ouais ! youpi ! c’est l’heure, mon bébé arrive ! », je me suis dit : « oh non, faut qu’il reste à l’intérieur !! ». J’ai passé presque 24h à être persuadée que Choupinou ne naîtrait pas ce jour-là. Les quelques médecins qui sont venus me voir m’ont tous dit que le médicament agissait pour que bébé ne sorte pas tout de suite mais personne ne m’a dit clairement qu’il pouvait tout aussi bien naître aujourd’hui ! On aurait dû me dire très clairement que ce médicament n’était pas infaillible. En tout cas, chez moi, l’effet placebo n’existe pas, parce que je vous assure que j’y ai cru. J’ai cru qu’on tiendrait. J’y ai cru jusqu’à 22h, jusqu’à ce que les contractions s’accélèrent. Et au moment de le sortir, j’aurais pu le faire en 10 minutes si je n’avais pas dû le retenir. J’ai donc aussi le sentiment d’avoir été privée de mon accouchement. Ça a été purement médical.

Je ne revivrai jamais d’autre accouchement. Je n’attendrai pas impatiemment que mon col s’ouvre à 10 en massacrant la main de Choupidou. D’ailleurs, Choupidou n’assistera jamais à un accouchement non plus. Je n’aurai pas de petite chambre de naissance sympa avec de jolis fauteuils colorés. Personne ne m’apportera de petit body ou de doudou emballé avec un grand sourire. On n’annoncera jamais à tout le monde en même temps la nouvelle de la naissance.

Sur 9 mois que dure une grossesse, je n’en aurai pleinement vécu que deux et demi. C’est quand même pas beaucoup. On serait tenté de me dire qu’il y a plus grave dans la vie, que mon fils est en bonne santé, qu’au final tout va bien. Alors oui, de ce point de vue là, oui, tout va bien. Certes, il y a plus grave dans la vie mais mon traumatisme à moi, c’est celui-là. Je m’en fous qu’il y ait « pire » ailleurs. Moi, mon vécu c’est ça. Ce n’est pas une compétition. J’entends qu’il existe tout un tas d’autres vécus, plus ou moins dramatiques. Je les écoute et je compatis sincèrement. Vraiment. Parce qu’on est tous traumatisés par quelque chose. Je travaille sur mon traumatisme pour en faire le deuil. Il y a des périodes où je n’y pense pas et d’autres où ça me revient en pleine face. Je rêve d’une autre grossesse. Juste d’une autre grossesse. Pas d’un autre enfant. J’aime Choupinou plus que tout mais lui donner un frère ou une sœur, en plus du travail que ça représente, ça chamboulerait l’équilibre qu’on a trouvé à trois et, honnêtement, je n’ai pas le courage de repenser cet équilibre. Ni maintenant, ni jamais.

Nous avons donc pris la décision de ne plus faire d’enfant. Pour citer Madame Captain, une blogueuse que j’aime beaucoup, j’ai fait ma « matropause ». C’est un mot-valise qu’elle a inventé et qu’elle définit comme suit : « En suivant la logique linguistique de la “matrescence”, qui est la contraction de maternité et adolescence pour parler des chamboulements qui surviennent lorsqu’on devient maman, la “matropause” est la contraction de maternité et ménopause, pour parler de cette période où l’on décide que faire des enfants appartient au passé, des années (parfois décennies) avant que notre horloge biologique stop (sic) sa mécanique. » [Vous pouvez lire l’intégralité de ses articles sur le sujet en cliquant ici et .]

Il me reste encore du chemin à parcourir pour l’accepter pleinement, même si je pense qu’il y aura toujours un peu de nostalgie. Ce qui est difficile à accepter, c’est que cette décision s’impose à moi. Elle est le fruit de contraintes que je ne peux pas surmonter. Ce n’est pas moi qui me suis dit un jour en me levant : « c’est bon, j’ai eu un bébé, ça me suffit ». Malheureusement, on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie, surtout lorsque ce qu’on veut n’est pas réalisable… parce que ce qu’il me faudrait surtout, c’est une machine à remonter le temps. Je ne pourrais peut-être rien changer à ce qui s’est passé mais j’en profiterais davantage.

Alors, comme d’habitude, je vais m’efforcer de lâcher du lest et d’appliquer un peu ce que j’écris. Ma nouvelle mantra : carpe diem. Profitons de l’instant présent.

Allez, mes chers lecteurs, je vous embrasse bien fort, prenez soin de vous et à tantôt ! 🙂

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